Prof particulier auto-entrepreneur : le guide complet
Création micro-entreprise, déclarations URSSAF, cotisations, déclaration SAP : tout ce qu'il faut savoir pour donner des cours en indépendant.

Tu veux donner des cours particuliers et te lancer en indépendant ? Le statut de micro-entrepreneur (ex auto-entrepreneur) est le plus simple pour démarrer. Pas de capital, pas de comptable obligatoire, des démarches en ligne. Mais il y a quand même des règles à connaître pour éviter les mauvaises surprises. Voici tout ce qu'il faut savoir.
Créer ta micro-entreprise sur le Guichet Unique
Toutes les créations d'entreprise passent désormais par le Guichet Unique : formalites.entreprises.gouv.fr. Tu te crées un compte, tu remplis le formulaire en ligne, tu joins une pièce d'identité, et c'est parti.
Le point important, c'est le choix du code APE (aussi appelé code NAF). Pour les cours particuliers, deux options :
- 8559A — Formation continue d'adultes : si tu donnes des cours à des adultes (préparation concours, langues, etc.)
- 8559B — Autres enseignements : si tu donnes des cours de soutien scolaire à des élèves du primaire, collège ou lycée
Ce code détermine aussi ton régime fiscal. En 8559A ou 8559B, tu es en BNC (Bénéfices Non Commerciaux) : l'enseignement est une activité libérale. C'est important à retenir, parce que ça impacte tes plafonds et tes taux de cotisation.
Compte environ 1 à 2 semaines pour recevoir ton numéro SIRET par courrier. En attendant, tu peux déjà commencer à travailler.
Déclarer ton chiffre d'affaires à l'URSSAF
Une fois ton SIRET en poche, tu dois déclarer ton chiffre d'affaires sur autoentrepreneur.urssaf.fr. Tu choisis la périodicité : mensuelle ou trimestrielle. Le choix se fait à la création et reste fixe pour l'année civile.
La règle d'or : tu dois déclarer même si ton CA est de 0 euro. Si tu oublies, tu reçois une pénalité. C'est bête, ça prend 30 secondes. Mets-toi un rappel dans ton calendrier.
Tu déclares le CA encaissé (ce que tu as réellement reçu sur la période), pas le CA facturé. Si un élève te paie en janvier pour un cours de décembre, c'est sur la déclaration de janvier. Pour ne rien oublier, un bon suivi des paiements est indispensable.
Cotisations sociales : combien tu paies vraiment
En micro-entreprise, tes cotisations sont calculées en pourcentage de ton CA. Pas de CA, pas de cotisations. C'est le gros avantage du statut.
Pour une activité libérale en BNC, le taux global est de 25,6 % de ton CA en 2026 (avec le versement libératoire de l'impôt sur le revenu, ça monte à 27,8 %). Ce taux a augmenté progressivement : 23,1 % au 2e semestre 2024, 24,6 % en 2025, et 25,6 % depuis janvier 2026, pour renforcer tes droits à la retraite complémentaire. Pour comprendre en détail pourquoi tu es en BNC et ce que ça implique, consulte notre guide profession libérale et BNC. Ce taux couvre :
- Assurance maladie-maternité
- Retraite de base et complémentaire
- Invalidité-décès
- CSG / CRDS
- Allocations familiales
Tu n'as rien à calculer toi-même : l'URSSAF te donne le montant exact à payer après chaque déclaration. Le prélèvement est automatique.
Exemple concret
Tu donnes 20 heures de cours par semaine à 35 euros/h. Soit environ 80 heures par mois.
- CA mensuel : 20 x 4 x 35 = 2 800 euros
- Cotisations (25,6 %) : 2 800 x 0,256 = 717 euros
- Il te reste : 2 800 - 717 = ~2 083 euros net avant impôt sur le revenu
Sur une année complète, ça donne 33 600 euros de CA et environ 24 998 euros net avant IR. Pas mal pour un emploi du temps flexible.
Plafond de chiffre d'affaires
En micro-entreprise, tu ne peux pas dépasser un certain CA annuel. Pour les prestations de services BNC, le plafond est de 83 600 euros HT par an (seuil 2026-2028, relevé depuis le 1er janvier 2026).
Si tu dépasses ce seuil deux années consécutives, tu bascules automatiquement vers le régime réel. Ça veut dire : comptabilité complète, déclaration de résultats, et potentiellement des charges plus élevées. Tant que tu restes en dessous, tu gardes la simplicité du régime micro.
Pour ta première année d'activité, le plafond est calculé au prorata du nombre de jours restants dans l'année. Si tu te lances en juillet, ton plafond est divisé par deux (environ 41 800 euros).
CFE : la taxe qu'on oublie toujours
La Cotisation Foncière des Entreprises (CFE) est une taxe locale que tu dois payer chaque année. Bonne nouvelle : tu en es exonéré la première année.
À partir de la deuxième année, le montant dépend de ta commune. Pour un prof particulier qui travaille depuis chez lui, compte généralement entre 100 et 500 euros par an. C'est pas énorme, mais c'est une charge à ne pas oublier dans tes calculs.
Tu reçois l'avis d'imposition sur ton espace professionnel sur impots.gouv.fr, généralement en novembre. Pense à créer ton espace pro dès que tu as ton SIRET.
TVA : franchise en base
En micro-entreprise, tu bénéficies de la franchise en base de TVA. Concrètement, tu ne factures pas de TVA à tes élèves et tu ne la récupères pas sur tes achats. Tes factures doivent porter la mention : "TVA non applicable, article 293 B du CGI".
Cette franchise s'applique tant que ton CA annuel reste en dessous de 37 500 euros (seuil pour les prestations de services depuis le 1er mars 2025). Si tu dépasses ce seuil, tu deviens assujetti à la TVA : tu dois la facturer (20 %) et la reverser à l'État. Ça complique un peu les choses, mais ça veut aussi dire que tu gagnes bien ta vie.
Attention : le seuil de TVA (37 500 euros) est différent du plafond micro-entreprise (83 600 euros). Tu peux donc être en micro-entreprise tout en facturant de la TVA si ton CA est entre les deux. Cela dit, pour les profs particuliers, une exonération spécifique de TVA s'applique à l'enseignement (article 261, 4°-4-b du CGI) — on en parle dans notre guide BNC.
La déclaration SAP : indispensable pour tes élèves
C'est LE point que beaucoup de profs indépendants négligent. La déclaration SAP (Services à la Personne) est optionnelle pour toi, mais elle change tout pour tes élèves.
Bon à savoir : on parle souvent d'« agrément SAP », mais pour les cours particuliers et le soutien scolaire, c'est une déclaration qu'il faut faire sur NOVA — pas un agrément. L'agrément au sens strict est réservé aux activités auprès de publics fragiles (garde d'enfants de moins de 3 ans, aide aux personnes âgées ou handicapées). Pour toi, c'est une simple déclaration, et elle suffit.
Avec la déclaration SAP, tes élèves (ou leurs parents) peuvent bénéficier d'un crédit d'impôt de 50 % sur les sommes payées pour les cours. Un cours à 35 euros ne leur "coûte" plus que 17,50 euros après crédit d'impôt. C'est ce qui te rend compétitif face aux plateformes.
Sans déclaration SAP, tes élèves ne peuvent pas déclarer tes cours pour le crédit d'impôt. Point. Ça veut dire qu'à tarif égal, un prof déclaré SAP est beaucoup plus attractif qu'un prof qui ne l'est pas.
Comment obtenir la déclaration SAP
La demande se fait sur la plateforme NOVA : nova.entreprises.gouv.fr. Tu dois :
- Te créer un compte sur NOVA
- Faire une déclaration d'activité de services à la personne (pour le soutien scolaire à domicile, c'est une simple déclaration, pas un agrément au sens strict — la distinction est importante)
- Indiquer ton activité : "Soutien scolaire ou cours à domicile"
- Joindre les pièces demandées (SIRET, pièce d'identité)
C'est une procédure déclarative : il n'y a pas d'instruction ni d'approbation. Tu déposes ton dossier, et tu reçois un récépissé avec ton numéro NOVA qui atteste de ta déclaration SAP. Tu dois le faire figurer sur tes factures pour que tes élèves puissent déclarer les dépenses.
Tu devras aussi envoyer chaque année à tes clients une attestation fiscale récapitulant les sommes payées dans l'année. C'est ce document qu'ils utilisent pour leur déclaration d'impôts.
Les factures : ce qu'elles doivent contenir
Pour chaque cours, tu dois émettre une facture avec :
- Ton nom, adresse, SIRET
- Ton numéro NOVA (si tu as la déclaration SAP)
- Le nom et l'adresse de l'élève (ou du parent qui paie)
- La date du cours, la durée, la matière
- Le montant HT (= TTC puisque tu es en franchise de TVA)
- La mention "TVA non applicable, article 293 B du CGI"
Garde toutes tes factures pendant 10 ans. Un tableur, un logiciel de facturation gratuit type Henrri ou Freebe, ou un outil de gestion dédié aux profs fait très bien l'affaire.
Récapitulatif : les étapes pour te lancer
- Créer ta micro-entreprise sur le Guichet Unique (code APE 8559A ou 8559B)
- Créer ton espace pro sur impots.gouv.fr et sur autoentrepreneur.urssaf.fr
- Faire ta déclaration SAP sur la plateforme NOVA pour le crédit d'impôt
- Fixer tes tarifs en tenant compte des 25,6 % de cotisations (taux 2026)
- Déclarer ton CA chaque mois ou trimestre, même si c'est zéro
- Déclarer tes revenus annuels sur la 2042-C-PRO (case 5HQ ou 5TE)
- Envoyer l'attestation fiscale à tes élèves chaque année en janvier
Le statut micro-entrepreneur est vraiment taillé pour les profs particuliers. Les démarches sont légères, les cotisations proportionnelles au CA, et avec la déclaration SAP, tu offres un vrai avantage fiscal à tes élèves. Si des familles te parlent de CESU, consulte notre guide CESU pour comprendre ce que ça implique. Pense aussi à anticiper les vacances scolaires pour stabiliser tes revenus sur l'année. Et si tu hésites entre différents outils pour gérer ton activité, jette un œil à notre comparatif. Maintenant, à toi de jouer.